Voyager

Publié le par Toutes en une

Le 26 juin.

Il est 11h, c'est l'heure.

J'embrasse mes parents et les serre fort. Je les sens angoissés. Je le suis aussi. La séparation est difficile, pour eux et pour moi, comme s'ils allaient perdre leur fille, comme si j'allais me perdre moi! Je ne savais pas, alors, que j'allais non pas me perdre mais me trouver et m'enrichir de cette rencontre avec l'altérité.

C'est Hector, mon homme, mon amant, qui me conduit à l'aéroport! Il n'en a pas envie. Le silence nous envahit. Ma gorge se serre, mon estomac se noue et des larmes naissent puis glissent de mes yeux, sur mes joues, jusqu'à mon cou. Je n'ose pas me tourner, le regarder mais je peux deviner que ses joues sont également en train de ruisseler.

Une heure passe. Nous sommes déjà arrivés. Trois heures d'attente devant nous avant l'embarquement! Trois longues heures à ne presque pas parler, à se toucher, à s'enlacer, se respirer pour emmagasiner de l'autre tant qu'on le peut et pouvoir supporter ensuite le manque de... Trois longues heures d'interrogations : Pourquoi ce besoin de partir? Pourquoi s'éloigner d'eux? Pourquoi est ce à la fois vital et douloureux?

Hector est fort! Il semble fort mais l'est il réellement intérieurement? Je pleure.

C'est l'heure! Dernier baiser, dernier toucher. Je pleure. Il pleure. Je souffre du choix que j'ai fait de partir. Il souffre du choix qu'il a fait de ne pas me retenir, de me laisser aller vers ma liberté, me construire, me découvrir. Je l'admire pour ça. Je l'aime. Il s'en va.

La file avance. Commence alors mon errance, les yeux mouillés, le coeur brisé, je ne vois rien, je n'entends rien, je suis loin... déjà et en même temps encore là, à l'intérieur de moi, à l'intérieur de ce coeur qui pleure. Tel un zombi, mon passeport je sors, la barrière je passe, les marches je monte pour enfin m'asseoir, là, juste à côté de la porte...d'embarquement. Mon corps se détend doucement jusqu'au moment où arrivent les hôtesses. De nouveau mon coeur s'emballe mais pour une tout autre raison que ma pation pour Hector, je n'ai encore, jamais pris l'avion! Je passe un pied puis l'autre, ça y est c'est fait, je suis montée. Que c'est grand! Très grand! Je cherche ma direction, mon numéro, ma place. Situation pour certains cocace mais pour moi angoissante, paniquante... J'ai chaud, très chaud, aussi chaud que cet avion est grand. Je regarde à droite, à gauche, devant, derrière, des sièges, des allées, des coffres, encore des sièges et des hôtesses, des wc... La tête me tourne et je m'écroule enfin, au bon endroit, pour moi, le mien durant ce trajet là car je le sais d'ici quelques heures, ça recommencera. Un avion, ça ne suffit pas pour un voyage comme ça n'est ce pas? Un deuxième m'attend déjà. Je ferais d'abord  France/USA puis USA/Chili. 

Une secousse. L'avion roule et l'hôtesse déroule les procédures d'urgence et de sécurité. De quoi me rassurer? C'est râté! L'avion roule de plus en plus vite. Attention! Décollage....................

Waouuuuuuuuuuuuuuuu! Génial! Tant de peur et pourtant quel bonheur! Quelle sensation ennivrante que le décollage, ça me plaît. Le sourire réapparaît.

Je monte en l'air mais mon regard s'accroche à la Terre. Je t'ai quitté mais tu es là, toute petite, sous moi mais je te vois.

L'émotion et l'excitation du 1er vol passées enfin atténuées, revint l'anxiété! Je pleure.

Par chance, mon voisin de vol est chilien. Il me contera alors son histoire, son départ du Chili vers la France, comment il y a créé une école artistique, non loin de chez moi, tout prêt même, là où habite mon amie de faculté. Le temps passe...bien.

L'arrivée sur New York est saisissante. Il fait nuit. Je ne vois que des lumières, à perte de vue. C'est magique, c'est féérique.

L'avion débute son atterissage. Le nez pique. Mon corps est attiré vers l'avant et je sens la ceinture de sécurité retenir tout ce poids qui se laisse litéralement tomber. 10 mètre du sol. Roues posées. Ouf!!! Freinage, ça y est, c'est terminé!

Me voilà, ici, aux Etats Unis, à mi chemin entre la France et le Chili, pour 4 heures d'escale. Mon voisin de vol et moi même décidons de profiter de ce temps pour continuer à parler, à échanger nos sentiments après être passé par la case wc, toilette de chat, et petits achats. 

Nouvel embarquement. Cette fois je suis toute excitée de revivre les sensations d'un décollage et d'un atterissage en avion. Mon voison de vol n'est plus mon voisin de vol. Je le vois, là bas, de l'autre côté, à quelques rangées de moi. Adieux et merci l'ami de ta gentillesse et de ta compagnie, de la poésie de ta vie.

A mes côtés cette fois, une jeune fille, chilienne. Elle parle espagnol. Je parle français. La rencontre ne se fait pas. Nous n'échangerons pas. Je suis mal à l'aise. Mon ventre bulle et le sommeil ne vient pas. "Santiago, 15 min". Atterrissage et pour terminer cette épopée : bagages, douanes et autres formalités.

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