Noël et la demoiselle

Publié le par Toutes en une

Capaulie Photographie (155)L’automne est arrivé.

 

La luminosité s’affaiblit. Les feuilles se décrochent de l’arbre, petit à petit, et dansent au gré du vent jusqu’à recouvrement du sol d’un épais manteau chatoyant. Rouges, oranges et marrons, elles crissent sous nos pas. Les bogues de châtaigne, piquantes mais intrigantes, attirent les petits doigts. L’automne est là et permet de ressentir et vivre la saison à travers de nombreuses manipulations et sensations.

 

 

Et pourtant, tapie au creux de moi, une question se réveille déjà, sautant ainsi le pas de l’automne pour se poser directement sur l’immaculé manteau blanc de l’hiver.

 

Je suis là, auprès du poêle, avec mes enfants, confortablement installée sur le canapé.

Je suis là, bien empêtrée, avec cette question qui raisonne dans la maison : le Père Noël existe-t-il ?

Je suis admirative de celles et ceux qui ont déjà trouvé leur réponse à eux. Celle qui est en accord avec leur raison, leurs émotion, leur être profond et qui, de fait, peuvent la transmettre sereinement à leurs enfants.

 

Que répondre ? Je ne sais pas.

 

Je suis perdue dans cette histoire de Noël comme dans l’immensité immaculée des champs d’hiver où l’on ne voit rien d’autre que du blanc. Du blanc derrière, du blanc devant, du blanc de tout côté, sans que rien ne permette d’indiquer… une ébauche, un semblant … de direction.

 

Capaulie Photographie (177)

 

Que répondre alors ?

 

Qu’il existe une merveilleuse histoire qui raconte que la nuit de Noël, un vieux père, distribue aux enfants (sages) les cadeaux tant convoités durant l’année, en passant par les cheminées… puis refermer le livre et vivre avec eux la réalité d’un mois de fête, de décorations, de lumière, de partage et d’offrande.

 

Qu’il existe une merveilleuse histoire qui raconte que… puis laisser le livre ouvert et vivre avec eux dans la croyance que…

 

Entre les deux, je balance, inconfortable et indécise. Cette errance, du sens à donner à cette histoire de père qui à Noël …a commencé comme ça :

Il était une fois, une demoiselle qui voulait accueillir des enfants pendant que leurs parents allaient travailler. Pour cela, elle commença par aller à l’école, un centre de formation d’éducateur de jeunes enfants, ça s’appelle comme ça  cette école là ! Là bas, on lui dit ( entre autres choses ) que raconter aux petits enfants que le Père Noël distribue des cadeaux, alors qu’en fait ce sont les parents, ça s’appelle du mensonge. Et qu’un jour, les enfants découvrent qu’ils sont trompés ! Ils s’aperçoivent alors que leurs parents, en qui ils avaient toute confiance, leurs ont menti. Quelle déception alors ils peuvent éprouver en réalisant que les adultes mentent et qu’on ne peut pas forcément leur faire confiance ! Pour la demoiselle, c’était clair, il ne fallait pas mentir, non ! Le Père Noël ne passerait pas par elle !

 

Puis le temps a passé…

 

La demoiselle était formée et travaillait auprès des jeunes enfants jusqu’au jour où elle eu, elle-même un enfant, un garçon, le petit/grand de son prénom. Elle l’adorait, le choyait, le gâtait…

 

Puis un jour, arriva le premier Noël de son petit/grand et elle ne sait plus trop bien ni quand, ni pourquoi, ni comment mais il se trouve que son petit/grand se mit à croire au Père Noël ! Il était bien passé par elle ! Elle n’en était pas vraiment contrariée car elle avait comme qui dirait oublié cette question du mensonge. Ce qu’elle pensait vraiment s’était caché si profond en elle, qu’elle n’y pensait même plus. Et ils passèrent comme ça de nombreux joyeux Noël.

 

Enfin presque… Parce qu’il y avait toujours quand même, sans savoir ni quoi, ni pourquoi, ni comment, un quelque chose qui n’allait pas, à Noël.

 

Les Noël, c’était toujours compliqué. Jamais comme elle voulait. Elle voulait recevoir chez elle, elle était reçu ailleurs. Elle voulait que son petit/grand ouvre ses cadeaux le matin, en se réveillant. Il les ouvrait le soir en se couchant. Elle parlait du Père Noël mais il y avait toujours quelqu’un pour dire « je ». Cette fête magique, chaleureuse et féerique était toujours un petit peu entachée par cette opposition fiction/réalité. Elle était, à chaque fois, émotionnée que la magie ne soit pas totale. Noël, pour elle, c’était finalement la galère, ça lui laissait un goût amer.

 

Une petite/petite est arrivée. Loin des siens, la famille (le père, la mère et les enfants) a déménagée. Le 1er Noël de la petite/petite, sans le reste de la famille, s’est déroulé dans la tristesse et la monotonie. Il n’y avait personne cette fois pour contrarier la demoiselle mais ceux qu’elle aime n’étaient pas là. Noël comme ça, non, non, non, ça n’allait pas.

 

Le Noël suivant, ce fut le summum de l’agacement, pour elle, la demoiselle. La grand maman et la tata des enfants ne s’étaient pas accordées et avaient acheté le même jouet pour la petite/petite. Ca lui est montée au cerveau comme la moutarde monte au nez !

 

Atchoummmmmm

 

Elle était contrariée, la demoiselle, que cette fête tourne toujours au vinaigre ! Comment le Père Noël pouvait il offrir deux fois le même jouet au même enfant se dit elle ? Et comment l’expliquer au petit/grand ? Elle était fatiguée de gérer sans cesse les ratés de Noël ! Si seulement ils connaissaient la vérité, se dit elle, ce serait tellement plus simple ! A ce moment là, une once de sa propre pensée originelle sur la fête de Noël commençait à remonter du plus profond d’elle-même vers la surface. Tout doucement, tout doucement, à petits pas, à petits pas…

 

Capaulie Photographie (172)

 

Au même moment, une amie lui dit que chez elle, on ne parlait pas du Père Noël. Enfin, si mais comme d’une belle histoire, tel celle de Cendrillon ou de La Petite Sirène. Comme un conte fait pour entrer dans le rêve, ensemble, et traverser le dur et froid hiver qui accompagne Noël.

 

Et là, sa pensée originelle (ne pas mentir aux enfants à propos du Père Noël) sorti d’un coup, violement, comme une claque donnée pour réveiller l’enfant et faire naître la maman, responsable d’accorder discours et pensée. Ouf… qu’elle choc se fut pour la demoiselle, très peu sûre d’elle et déconcertée par cette vérité qui éclatait après tant d’année de refoulement.

 

Depuis ce Noël là, ça bouillonne en elle. Elle ne sait toujours pas si elle doit ou pas, dire ou pas la vérité à l’aîné, mentir à nouveau ou pas à sa cadette. Elle se dit d’ailleurs qu’elle est bien bête de ne pas savoir ça ! Elle culpabilise. Elle s’enlise dans cette histoire de choix. Le problème c’est qu’elle n’est pas seule à choisir pour ses enfants. Il y a aussi M. Papa. Lui il ne bouillonne pas. Il ne s’enlise pas. Il y croit et souhaite voir ses enfants y croire à cette histoire là.

 

Même si aujourd’hui, elle sait ce qu’elle souhaite (ce qu’elle a toujours souhaité pour ses enfants mais qu’elle avait occulté dès le premier Noël blanc de son petit/grand), elle doit en discuter avec M. Papa, avancer ses arguments, écouter les siens, négocier et se décider.

Vite car bientôt un autre Noël va arriver !

Vite car elle va devoir se préparer à la réaction de son petit/grand ! « Vous m’avez menti alors que c’est interdit ».

Vite car il va falloir savoir que dire à la petite/petite avant de se faire dépasser par la folie de Noël qui va bientôt déferler dans les rues, les magasins, les écoles et les copains…

 

Alors, elle se prépare la demoiselle, à parler à cœur ouvert avec M. Papa, à lui faire comprendre que pour elle ce Noël là sera nécessairement un Noël autrement. Qu’il sera beau et merveilleux, rempli d’amour et lumière, de partage et de cadeaux mais de personne à personne, dans la vérité, dans la réalité et aussi dans l’émerveillement.

 

Elle se prépare à accueillir les émotions de son petit/grand et même si elle essaie de ne pas le montrer, elle a peur. Peur de ne pas y arriver. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur même de laisser faire, de tout lâcher et de laisser repartir se cacher, au plus profond d’elle, sa pensée originelle.

 

A suivre…

 

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ideoba 16/10/2012 10:40



Bonjour,


comme j'aime la poésie et la clarté de votre article...

Pour moi la découverte de la non-existance du papa Noël c'est faite le jour ou ma soeur a découvert le cadeau que j'avais commandé et me l'a amené en disant:

-Regarde il y a ton circuit de voiture que tu a commandé Noël

Ma mère la gronde, lui arrache mon circuit des main et retourne le cacher sans plus d'explications.

Un doute a été balayé et une autre logique c'est installé. Le père noël sont mes parents... Non peut être que les parents achète le cadeau et ensuite le Père Noël le distribue. Quoi qu'il en soit
cela avait tellement touché ma mère que j'ai simplement "fait croire" que je croyais au Père Noël de peur de ne plus avoir de cadeaux.

Pour ma part, afin d'être en harmonie avec moi même je fais la part des choses. Les enfants ne relèvent pas quand dans les comptes les animaux parlent, les arbres sont magiques, les étoiles
viennent nous dire coucou. Ils me semblent qu'il y a 2 mondes chez eux et que nous, nous ne vivons que dans un seul: La réalité. Eux ont en plus ce monde que l'on aime et qui fait pétiller leur
yeux, celui des histoire et légendes. Difficile pour un adulte de faire la part des choses car on ne veut pas casser leur imagination du monde des enfants.

Mais alors comment réagir en tant que papa ?

Et bien "ma" solution est simple et presque bateau, dissocier les 2 mondes sans briser son imaginaire. Cela en enrobant la réalité pour la rendre accessible mais surtout laisser la part de rêve
et la conter comme une histoire ou les animaux parlent.


Papa est-ce que le Père Noël existe ?

Non c'est une très belle histoire que l'on raconte au moment de Noël aux enfants. Veux-tu que je te la raconte ? en général il dira OUI. Comme il y a des enfants qui aimerait qu'il existe il faut
leur raconter cette légende parce qu'ils l'aiment tellement qu'ils veulent y croire, et si toi tu veux croire en cette légende tu as le droit mais sache que pour papa et maman le Père Noël c'est
nous et nous t'aimons tellement que nous avons très envie de te faire plaisir.

A aucun moment nous lui parlons des galères pour trouver les cadeaux de chacun, le prix, l'organisation... Tout cela fait partie de notre monde de parents. Comment lui expliquer s'il commande un
poney que ça ne va pas être possible ? Ce mensonge n'en est pas qu'un, c'est une accumulation de mensonges. C'est pour moi l'accumulation qui est difficile a supporter et je me suis promis de ne
"jamais" mentir a mon fils et si certaines vérités sont trop celles de notre monde d'adulte je la rend accessible en la simplifiant mais surtout en laissant un part de magie.


Voila, mon avis n'est pas du tout partagé avec mon entourage et je dois dire que je m'en fout car au final c'est celui qui me permet d'être le plus a l'aise avec moi-même et ajoute une complicité
avec mon fils quand d’autres enfants y croient. Il connais la légende et sait aussi la raconter. Quand a ma femme je partage son avis a 100% et si je dois faire autrement nous accorderons nos
violons mais je me refuse a dire que le 24 au soir a minuit un messieurs barbue distribue des cadeaux fabriqué par des lutins comme étant une réalité.

Ana 09/10/2012 09:09


C'est vrai que ca approche et ma fille est déjà excitee a l'idee de faire un sapin et de voir les decos,
elle m en parle deja. La collectivite et le contact avec les autres enfants l'entraine ds la magie du pere noel. Alors on suit l'idee (même si je n'aime pas me dire que c'est un
mensonge alors que l'on apprend aux enfants a ne pas mentir... Et ensuite il y a la declinaison de la petite souris les cloches de Pâques et cie...)mais pas question d'utiliser le fameux chantage
«il faut etre sage pour avoir des cadeaux» le pere noel gate tous les enfants c'est ce qu'on lui dit

emipole 08/10/2012 21:28


Super article! Surtout que j'y retrouve mes propres questionnements! Mon fils a 3 ans et demi et le Noël à venir est
pour moi le 1er qui va vraiment me confronter de plein fouet à cette question!


C'est vrai que je n'ai pas été traumatisée par le fait de ne plus croire au Père Noël. Je me sentais même grande et
fière d'être dans la confidence avec mes parents pour ne pas trahir le secret à ma petite sœur! Mais l'école d'EJE est passée par là et a installé le doute, des questions et j'ai refoulé tout ça
jusqu'au moment où j'y ai été confronté en tant que maman. Et là..."faire croire à" m'a soudain semblé compliqué! L'année dernière il s'agissait de dire qu'il y avait une "histoire qui raconte
que" mais je sais que la question va devoir être abordée de nouveau pour bien se mettre au point avec le papa. Mon avis personnel est qu'il n'y a pas besoin du gros monsieur barbu pour faire de
Noël un moment magique mais il est tellement ancré dans la tradition qu'aller contre demande d'être suffisamment sûre de soi pour assumer cette position et ne pas se laisser
déstabiliser...

OraneLilPinou 08/10/2012 16:51


Très bel article. J'aime tant comme tu écris.


ici, j'ai un peu imposé malgré moi mon truc de ne pas faire croire au père noël. Le 1er noël, notre loulou n'avait que 9mois, comment lui faire croire à quelque chose de si abstrait à cet âge là,
nous l'avons passé seuls tous les 3 et c'était très bien ainsi. Le second noël, l'an dernier, loulou toujours trop jeune pour conceptualiser ce conte, nous n'avons toujours pas abordé le sujet et
notre "tour des familles" à cette occasion n'a été que fatigue et déception. Cette année, nous ne savons pas ce que nous allons faire, mais une chose est sûre, je ne parlerai pas de ce personnage
une fois encore (et la tournée des familles n'aura pas lieu). Je n'ai pas souffert d'avoir découvert ce mensonge, le papa de Pinou non plus, mais je ne sais pas comment aborder ça et je sens que
ce n'est pas en accord avec moi alors pour l'heure je laisse faire le temps. Mais c'est vrai que j'ai envie à cette occasion, peut -être, d'être quelque part avec de la neige, des jolies lumières
et tout plein d'amour.