Maria Montessori (suite1)

Publié le par Toutes en une

Me revoilà pour parler, à nouveau, de Maria (Montessori). A ma façon à moi, avec mes trippes et non pas un cours théorique mais en me positionnant en tant qu'éducatrice de jeunes enfants!

Après ma découverte, concrète, de sa pédagogie, dans un jardin d'enfants, au Chili; je me suis lancée dans la lecture de son livre : "L'enfant". Si ça vous dit de le lire aussi, vous pouvez le trouver (entre autre) par ici : link

Ce livre fut pour moi une seconde révélation! Et bien plus encore lors de mes stages, avant et pendant ma formation d'EJE, puisque j'eu alors l'occasion de mettre les deux (la théorie du livre et la pratique du stage) en corrélation. Ce qui m'avait interpellé dans le livre, j'ai pu réllement l'observer sur le terrain et vice et versa, j'ai alors eu la chance d'observer des phénomènes dont le livre donnait une explication, pour moi, sens-ationnelle!

Ce qui m'a interpellé, touché dans ce livre a définitivement modifié ma vision de l'enfant et de son accueil en collectivité:

- La période sensible à l'ordre

Dans le livre:

Maria M. explique que c'est le hollandais De Vries qui a découvert les périodes sensibles chez les animaux, et qu'elle, les a retrouvé chez les enfants. Les périodes sensibles sont  des sensibilités passagères à l'acquisition d'un seul et unique caractère.  Une fois le caractère acquis, la sensibilité à celui-ci passe. La sensiblité à un autre caractère émerge alors.

La période sensible la plus importante est celle à l'ordre (ordre extérieur et intérieur). L'exemple qu'elle donne concernant l'ordre extérieur est halluciant de vérité (en fait ils le sont presque tous!). Je l'ai lu, et de suite, ça m'a parlé et convaincu. D'ailleurs lorsque je parle de ce livre, vite fait bien fait, c'est l'unique exemple que je cite tellement il est explicite et tellement il a marqué ma façon de travailler auprès des jeunes enfants!

Elle raconte comment un enfant, de 18 mois à peu près, se mit à pleurer dans les bras de sa maman, un long moment, sans que personne ne comprenne et ne réussisse à le consoler. Maria M. demanda à la maman de repasser la veste qu'elle venait d'enlever avant que les pleurs de l'enfant ne commencent. Ce que fit la maman. L'enfant cessa de pleurer instantanément et dit "paletot", "épaule". Il avait besoin que la veste (le paletot) reste sur les épaules de sa maman, c'était là sa place. Elle découvrait alors la période sensible à l'ordre!

En grandissant, ce besoin d'ordre s'exprime de façon plus calme. C'est le moment, où l'enfant aime ranger, remettre les objets en place, où il voit les détails que l'adulte, lui, ne voit plus. Connaître la place des objets, les y ranger, c'est maîtriser son espace de vie. A cette période les enfants passent beaucoup de temps à déplacer pour replacer les objets. Leur seule préoccupation étant l'ordre. Maîtriser l'ordre extérieur est rassurant pour l'enfant, permet la tranquilité de l'esprit.

Auprès des enfants:

C'est pourquoi, dans une section de crèche, par exemple, je m'éforce que chaque jouet soit rangé de façon distincte et à la même place. Lorsque l'enfant découvre la section, l'ordre est d'une certaine façon et cela ne doit en aucun cas bouger. L'enfant qui en arrivant le matin, se dirige directement vers le coin livre et saisit le même livre à chaque fois, doit pouvoit le retrouver, comme il s'y attend, chaque jour au même endroit! Cet ordre des choses est rassurant. Lorsque pour une raison ou une autre cet ordre doit être bouleversé, il est nécessaire de verbaliser le changement à l'enfant voir de le faire participer à celui-ci.

Dans le livre:

La sensibilité à l'ordre existe aussi intérieurement et permet à l'enfant de prendre conscience de son corps. Là encore, elle donne un exemple frappant! Une nurse devant prendre congé quelques temps passa le relais à une autre auprès de l'enfant en question. L'enfant était tout à fait content des soins prodigués par cette nouvelle nurse sauf pour le bain. Celui ci pleurait et s'agitait. Malgré de nombreuses réflexions, modifications de ses gestes, de son attitude... l'enfant continuait à pleurer. La nurse ne comprenait vraiment pas pourquoi. Lorsque la 1ère nurse revint, le bain se passa, bien, sans pleurs. Et là elle compris! La seconde donnait le bain à l'enfant à l'envers. "la première prenait l'enfant de la main droite du côté de la tête et de la main gauche du côté du pieds, la seconde nurse avait l'habitude de faire le contraire"! Les repères de l'enfant, en train de construire son ordre intérieur, étaient bouleversés. Incroyable!

Auprès des enfants:

C'est une des raisons qui nous oblige, lorsque l'on travaille auprès d'enfants, à parler de nos pratiques, à les réfléchir et à les ajuster. Si chaque adulte prend soin de l'enfant à sa façon, comme ci le matin, comme ça au goûter et encore autrement au coucher, l'enfant aura de quoi être bouleversé! Pour le change des couches, par exemple, il est bon que l'équipe se dise comment elle agit, comment elle laisse libre l'enfant d'agir, comment elle s'organise (change couché ou debout, à partir de quel moment, où on met les gants, les serviettes, lavage de main au lavabo ou au gant)... pour que quelque soit la personne qui accompagne l'enfant, lors de ce temps là, ce dernier sache ce qu'il va se passer.

Une de mes observations en foyer m'a vraiment permi de réaliser l'importance de ce point théorique qui m'avait déjà drôlement parlé dans le livre! J'observais alors, une seule enfant, tout au long de la journée. Au repas du midi, l'auxiliaire lui donnait à manger, une purée. Au repas, du soir, une autre auxiliaire, lui confiait la cuillère et la laissait se débrouiller. Elle y arrivait très bien d'ailleurs. Cela m'a choqué! Non seulement cette petite fille vivait loin de sa maman, hospitalisée pour quelques temps, et de plus les personnes chargées de la "soigner" ne s'étaient pas concerté pour savoir comment l'accompagner. L'une avait envie de la chouchouter et l'autre la voulait autonome! Deux choix louables en soit mais qui se contredisaient et ajoutaient de la détresse à cette fillette.

 

- Apprendre par les sens/ la main/le mouvement

Dans le livre:

Elle est profondément persuadée que ce sont les 5 sens qui permettent l'intelligence. L'enfant, au moyen de ses sens, explore son environnement ("l'ambiance" pour elle) et ainsi l'intègre et le comprend.

"L'organe moteur qui caractérise l'homme, c'est la main."

Pour elle, la parole ET la main, sont les manifestations motrices de l'intelligence. "Or l'homme a peur de ces petites mains tendues vers les objets sans valeur et sans importance qui l'entourent, et ce sont ces objets qu'il s'attache à défendre contre l'enfant. Son souci est de répéter "ne touche pas"."

L'enfant a besoin de toucher, d'appréhender avec ses mains, entre autre, pour apprendre, comprendre ce qu'il voit et qui constitut son environnement.

"le mouvement est le facteur essentiel dans la construction de l'intelligence qui se nourrit et vit des connaissances prises dans l'ambiance extérieure. Les idées abstraites elles mêmes naissent du contact avec la réalité, et la réalité se saisit par le mouvement".

Auprès des enfants:

Cette apologie des sens, du toucher en particulier avec le rôle capital qu'elle donne à la main, du mouvement nous amène de fait à proposer un environnement matériel qui prend en compte cette dimension du corps. C'est pourquoi je m'attache à ce que l'on trouve en section du matériel dédié aux sens comme :

-les plaques tactiles à disposer au sol sur lesquelles les enfants peuvent évoluer pieds nus,

-un bac à balles ou  à tissu, pour les plus petits, de différentes matières, différentes textures,

-des jeux d'eau et des jeux de sable...

Chacun ayant d'ailleurs d'autres vertues!

Il me paraît important également que le quotidien soit abordé avec et par les sens. Le moment du repas est l'occasion de tous les mettre en action, de sentir l'odeur du poisson, toucher la texture d'un brocoli, de regarder les formes qui se dessinnent dans la purée, d'écouter le son que font les céréales lorsqu'elles croustillent sous la dent ou le silence advient lorsqu'elles ont trempé dans du lait...; être attentif à ces petits moments car c'est comme ça qu'ils appréhendent leur environnement, qu'ils deviennent plus grand!

Quant à la main, il va de soi qu'elle est autorisée à:

-se balader deci delà, sur les étagères, sur les tables, sur le sol, sur le mur, sur la radiateur...

-saisir les objets, les déplacer, les déposer, les peser, les laisser tomber... 

Il suffit pour cela de penser l'aménagement de l'espace préalablement de sorte que la main de l'enfant puisse s'afférer, tout au long de la journée et sans risques particuliers!

Le mouvement aussi doit pouvoir s'exprimer et cela suppose à la fois de l'espace pour cela. De l'espace physique (il est important que l'espace de vie des enfants soit assez grand pour qu'ils puissent courir, sauter, se rouler par terre, se déplacer, escalader, grimper..) et de l'espace psychique (les adultes présents doivent pouvoir accepter ce mouvement comme faisant partie de l'enfant, de sa façon d'être à la vie, d'être au monde, d'être à son développement). Ceci implique qu'on ne dise pas "arrête de gesticuler", "tu m'écoutes ou tu sautes?"... L'enfant peut, par exemple, écouter une histoire tout en bougeant!

 

- L'ambiance

Dans le livre:

Le rôle de l'adulte est d'observer l'enfant,  de tenter d'interpréter ses besoins, de les comprendre et de lui proposer une ambiance appropriée.

Auprès des enfants:

L'observation! C'est la base de notre travail d'accueillant de jeunes enfants! Lorsque nous les accueillons pour la 1ère fois, nous ne les connaissons pas. Les informations données par les parents ont alors toute leur importance mais très vite elles vont laisser place aux observations que nous auront fait de l'enfant. C'est par l'observation que nous saurons comment il aime s'installer pour manger, qu'il n'aime  pas ce livre là, qu'il réussit ce jeu qu'il ne réussissait pas hier...

Dans le livre:

"L'enfant doit avoir le droit de dormir quand il a sommeil, de s'éveiller quand il a fini de dormir et de se lever quand il veut. Aussi conseillons nous l'abolition du classique lit d'enfant et son remplacement par un matelas très bas sur lequel l'enfant peut se coucher et qu'il peut quitter à sa volonté."

Auprès des enfants:

C'est ce que j'ai eu le plaisir d'observer dans de nombreuses structures! Les bébés sont souvent encore dans des lits à barreaux, véritable prison pour enfant selon elle. Cependant les plus grands, jouissent souvent d'un matelas au sol. Respecter le sommeil de l'enfant, c'est aussi ce que l'on appelle, en crèche, pratiquer le coucher et le lever échelonné. Les enfants ne sont pas tous couchés en même temps mais en fonction de leur état de fatigue ou de leur volonté de se reposer. Une fois réveillés, ils sont libres de se lever et ne sont pas obligés d'attendre dans leur lit que tous les autres le soient aussi.

Dans le livre:

"tout était adapté à des mains qui avaient encore beaucoup de temps pour grandir. Sur toutes choses, il y avait un ornement, un signe de rafinement. De jolis tableaux aux murs et des vases de fleurs partout."

Auprès des enfants:

C'est ainsi, grâce à Maria Montessori, qu'aujourd'hui tout mobilier de crèche ou d'école est adapté à la taille de l'enfant! Petites tables, petites chaises... Attention toutefois à bien le choisir car une table pour un petit enfant qui fréquente la crèche est bien trop petite pour un enfant qui fréquente l'école et inversement! Les enfants grandissent vite, ont des gabarits différents, il est donc nécessaire de sans cesse les observer pour s'adapter. Mais ça ne suffit pas! Les meubles aussi doivent être de taille adapté pour qu'ils puissent se saisir eux même des jouets dont ils ont envie/besoin. Et puis tout doit être joli! Joli, pour moi, dans le sens de respectueux, pour leur montrer qu'ils sont considérés, petit mais considérés par leurs aînés. Ordonné, nettoyé, décoré pour que ce soit agréable d'y vivre et de s'y déplacer. Dans les sections on trouve donc souvent des décorations mais comme on dirait vulgairement trop de déco tue la déco, surtout si elle est tout en haut des fenêtres alors que les enfants eux sont tout en bas! Quant aux fleurs, les règles d'hygiène et de sécurité étant passées par là, on a plus trop le droit! Ce qui n'empèche pas de s'appliquer, comme chez soi (ou pas) à proposer un espace agréable, aéré, lumineux, respecteux des besoins de l'enfant et des adultes, ne les oublions pas! A chacun sa taille de fauteuil et de coussin!

Dans le livre:

"C'est du manque de confusion et de superflu que naissent, précisément, l'intérêt et la concentration."

Auprès des enfants:

Permettre le libre choix, par le biais d'étagères basses avec tout le matériel, les jeux et jouets à disposition, de façon mesurée et ordonnée, assure à l'enfant de pouvoir répondre à ses exigences intérieures, ses besoins propres, ses périodes sensibles. Si c'est l'adulte qui décide que de 10h à 11h, les enfants doivent jouer avec les légo, seuls quelques uns, parce que, pour eux, ça tombera bien, joueront réellement avec plaisir et concentration. Les autres attendendront, chahuteront...  Si tout est en libre accès, chacun ira là où son besoin le portera. Les enfants seront de fait concentrés, intéressés, dispersés dans la pièce et chacun pourra se consacrer sereinement à ce qu'il a choisit. Cela  est beaucoup plus profitable aux enfants mais aux adultes aussi! Cela permet une ambiance générale apaisée et apaisante. Et contrairement à ce que l'on entend généralement les enfants sont capable de se concentrer très longtemps quand leur activité répond à leur besoin.

 

- Adapter son rythme à celui de l'enfant

Dans le livre:

"quand un jeune éléphant est conduit par sa mère dans le groupe des adultes, la grande masse de pachydermes ralentit sa marche pour permettre au petit de s'incorporer; et quand celui-ci est fatigué et qu'il s'arrête, tout le monde s'arrête."

Auprès des enfants:

A mon sens, cette phrase parle d'elle même! C'est un exemple que j'ai souvent en tête quand je sens que j'accélère! Le rythme est propre à chacun et il n'est pas facile d'en changer mais lorsque l'on accueille des tout petits, on est bien obligé!

Il est important de laisser à l'enfant le temps de... Le temps de mettre ses chaussures plutôt que de le faire à sa place, le temps de marcher même pour aller tout prêt plutôt que d'aller loin mais avec la poussette... L'adulte, lorsqu'il marche, a un but (aller au parc) alors que l'enfant lui veut juste marcher car c'est pour lui déjà toute une activité. Peu importe où il va et combien de temps cela prend! Pour l'enfant, tout l'attire, tout est intéressant!

 

- L'attitude de l'adulte

Dans le livre:

"Il n'est pas nécessaire pour devenir des éducateurs, de devenir des êtres "parfaits, exempts de toute faiblesse"." 

"l'humilité spirituelle qui prépare à comprendre l'enfant (...) devrait être la préparation essentielle de la mâitresse.

Auprès des enfants:

Ces phrases ont toujours raisonné en moi! Elles signifient, je crois, qu'il est nécessaire de se mettre à la hauteur de l'enfant. Non pas se rabaisser (même si concrètement pour leur parler, il est plus respectueux de s'agenouiller, pour être à la même hauteur!) mais au contraire s'élever à eux. L'enfant est un être humain à respecter, il est "le père de l'homme"! En prendre conscience et l'avoir en tête, être humble face à lui, ne pas penser que l'on sait tout de lui, que l'on comprend tout de lui, est une façon respectueuse de l'accueillir.

 

Voilà, en gros, ce qui m'a touché dans ce livre là, une philosophie de l'enfant, une pédagogie pratique. Ce petit article ne se veut surtout pas exhaustif, je l'ai dit au commencement et je le répète, c'est ce que j'ai, moi, en tête, lorsque je pense au livre "L'enfant" de Maria Montessori!

Je vous laisse avec cette dernière phrase qui montre bien toute l'importance qu'elle accordait à l'enfant.

"il existe une cause à toute manifestation de l'enfant. Il n'y a pas un phénomène qui n'ait ses propres raisons d'être. Il est bien facile de considérer que chaque réaction mystérieuse est un caprice! Ce caprice doit prendre à nos yeux l'importance d'un problème à résoudre, d'une énigme à déchiffrer."

 

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Ana 07/10/2011 15:02



Oui je crois moi aussi que cet état d'esprit permet d'éviter beaucoup de conflits et d'incompréhension de part et d'autre



Toutes en Une 07/10/2011 14:50



Super! Quelle chance elle a!


Quant à moi, bien évidemment que mes enfants profitent également de cet éclairage là, à la maison, avec moi mais pour le moment, chut!!! Ce sera le sujet d'un autre billet car je n'en ai pas fini
là avec Maria!!!



Ana 07/10/2011 08:30



J'aime ce livre aussi, je ne l'ai pas encore terminé.


ça m'a permis d'être plus patiente avec ma fille, et de comprendre ses attentes:


-par exemple, quand on rentre de chez la nounou le soir (15 min à pied pour un adulte), elle veut marcher et sait faire tout le trajet à son rythme (ça prend 2 fois plus de temps mais elle a sa
routine qui la rassure: on fait le même trajet et elle redécouvre à chaque fois les mêmes choses: monter certains escaliers, longer tel mur, dire bonjour à ceux qui sont assis sur tels bancs,
ramasser des feuilles d'arbres à tel endroit...)


-j'ai lu ce livre au bon moment, celui pdt lequel je voulais organiser sa chambre avec de nouveau meuble... et tout est à sa portée, à la même place, organisé par thème (puzzles, livres, petits
personnages, dinettes...) et je lui explique qu'il faut ranger après s'être servi d'un jeu pour ne rien perdre ou ne rien abîmer et le remettre à sa place; et c'est vrai ma fille le comprend et
range seule ou m'aide à ranger.


- pour lui faire prendre des automatismes quand on rentre à la maison j'ai pris des photos (ranger ses chaussures, enlever son manteau, se laver les mains) que j'ai mises sur une affiche. Et
depuis je n'ai plus à lui courir après pour qu'elle se lave les mains en rentrant à la maison...