"Fais moi un gâteau" ou l'art de faire à leur place!

Publié le par Toutes en une

J'ai observé plusieurs fois cette situation dernièrement et j'avais envie de partager avec vous ma pensée sur le sujet.

 

Imaginez, les enfants sont installés à la pâte à modeler, chacun avec sa pâte et son lot d'ustensils. Les enfants s'affairent, chacun à leur rythme, chacun avec une motricité, une abilité qui lui est propre et surtout chacun avec son imaginaire. Certains cherchent à produire une forme imaginée, d'autres imaginent ce que peut être la forme créée de façon aléatoire, d'autres encore manipulent simplement parce qu'ils sont dans le plaisir des sens...

Puis un adulte s'approche, s'assied à côté d'eux, saisit de la pâte à modeler et commence à faire un gâteau...

 

A ce moment précis, l'intérêt de l'activité s'arrête pour les enfants présents.

 

Pourquoi?

Parce qu'à partir de ce moment là, les mains s'arrêtent de modeler, les regards se fixent sur le gâteau que l'adulte est en train de confectionner et les bouchent commencent à faire résonner des "tu m'en fais un?".

L'adulte se met alors à fabriquer des gâteaux de pâte à modeler pour des enfants bouches bées! L'adulte joue, l'enfant attend, admire, se dévalorise, ne joue plus.

 

"Tu peux essayer d' en faire un toi ou de faire autre chose?" dis je à l'enfant! Celui ci me répond : "je ne sais pas faire", "il est plus beau celui de Caroline"...

 

Non seulement, l'imaginaire est court circuité puisque les enfants s'arrêtent d'imaginer, de créer et attendent.... mais aussi l'adulte leur signifie, de cette façon, qu'ils ne savent pas faire, eux! L'estime de soi en prend un coup! L'enfant comprend ainsi que lui n'est pas capable et qu'il doit demander à l'adulte.

 

Or de mon point de vue, le plus important pour l'enfant est:

- qu'il se fasse plaisir à malaxer, rouler, écraser... de la matière

- qu'il ressente qu'il est capable de créer lui même, avec son propre corps

- qu'il laisse son imagination s'envoler...

- qu'il créé...

 

A chaque fois que l'adulte s'immisse dans le jeu/activité d'un enfant, alors que l'enfant ne l'a pas sollicité, il prend le risque de tout casser! De casser ce que l'enfant est en train de créer, d'inventer, de tester, d'expérimenter...

A chaque fois que l'on fait à la place de l'enfant, on le prive de la joie de faire par lui même, de réussir et d'être fière de lui. 

 

Etre auprès d'eux durant une activité, ce n'est pas jouer avec eux mais  les observer, les accompagner par un regard, une parole simple et si  l'enfant nous invite à jouer avec lui, alors oui, lui répondre, entrer, jouer. 

 

L'enfant est son propre guide, nous sommes juste des accompagnants.

 

Sans parler, des moments où l'adulte prend la main de l'enfant pour lui montrer, lui expliquer alors qu'il lui suffirait de montrer le geste à côté avec ses propres mains pour laisser l'enfant libre de tenter ou pas et si il tente, libre de le faire à sa façon à lui et non sous la contrainte de la main de l'adulte qui dirige.

Sans parler de l'adulte qui dessinne sur la feuille de l'enfant, cet adulte qui se fait plaisir en dessinant et qui sans s'en rendre compte pose sa pâte sur la création d'un autre! Chacun sa feuille, chacun sa pâte!

 

A approfondir...

 

 

 

Publié dans Hélix

Commenter cet article

Maman psychomot 18/07/2012 22:42


Super article ! Je pense que l'adulte ne cherche pas à mal faire....et le matériel proposé à l'enfant lui refait vivre ses propres expériences d'enfants.... mais tu as raison, si c'est fait en se
mettant en avant et en faisant des trucs "ressemblants" et beaux esthétiquement...ça parasite l'activité des enfants. Je suis bien d'accord sur le fait que l'enfant a suffisamment de créativité
en lui pour créer, construire, jouer, imaginer...et qu'il n'a pas besoin de modèle


Mais quand même, je pense que la présence de l'adulte peut aussi être positive si cet adulte ne se met pas en position de "celui qui sait faire, qui va montrer comment il faut faire etc." mais
plutôt en position de se laisser apprendre par l'enfant et émerveiller par ce que cet enfant expérimente et réalise...cela peut permettre des moments d'échange et de plaisir partagé,
enrichissants pour les deux partenaires.


J'aurais tendance à dire que plus que la présence réelle de l'adulte aux cotés de l'enfant, ce qui parasite l'enfant dans son jeu, c'est la demande implicite de la performance, de la création
belle esthétiquement, de devoir produire quelque chose, et que ce qqch soit ressemblant....la norme sociétale et le monde de la performance projetée sur l'enfance....


En tout cas, ça me parle bien, et là dessus j'arrête mon bla bla...