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« J’ai tout essayé ! » Isabelle Filliozat

Publié le par Toutes en une

 

 

Isabelle Filliozat, dans ce livre pratique, illustré et plein d’humour, écrit pour aider les parents à traverser sans dommages la période de 1 à 5 ans commence en disant : « Un enfant, c’est (nettement) plus complexe qu’une plante verte, mais pas plus compliqué. »

Lorsque les feuilles de votre ficus préféré jaunissent et tombent, vous ne vous dites pas qu’il le fait exprès pour vous embêter mais qu’il a certainement besoin de quelque chose… d’eau, de lumière, d’engrais…

Il en va de même avec les enfants. Au lieu de nous énerver, demandons-nous :

 

« Qu’est ce qui se passe ? »

 

Un caprice ?

La plupart du temps, non ! Pour le vérifier, Isabelle Filliozat donne une petite astuce ! Utilisez une boîte à forme (souvent un cube avec des ouvertures en forme de triangle, carré, rond où doivent entrer les formes pleines correspondantes). Tant que votre enfant doit tester les différentes formes avant de trouver la bonne c’est qu’il est incapable de faire un caprice. A deux ans, il y arrivera dans 85% des cas seulement. A 4 ans, la majorité des enfants y arrive systématiquement. Cette étape est un indice car signifie que l’enfant est capable de conserver en tête trois items en même temps.

 

Son réservoir d’amour est-il plein ?

Peut-être pas ! A nous de l’aider à le remplir. Comment ?

  • Par des mots d’amour tels que « je t’aime », « j’aime vivre avec toi », « je suis heureuse de t’avoir comme enfant »…

  • Par le contact physique : des bisous, des câlins, des caresses…

  • En passant du temps ensemble, à jouer, discuter, observer la nature…

« Quand les besoins de contact de l’enfant ne sont pas suffisamment remplis, ses circuits cérébraux sont en manque. Crises de rage, de pleurs, pour un rien, comportements excessifs sont autant de manifestation de détresse du système nerveux. Echanger des « je t’aime », faire un câlin ou jouer ensemble, charge l’organisme en ocytocine, l’hormone du bonheur. »

Consacrer ne serait-ce que 10 min par jour à son enfant peut donc recharger son réservoir d’amour et éviter bien des crises.

 

En crise malgré tout ?

Normal ! La crise (cris, pleurs, rage…) est sa manière de se calmer, de gérer la tempête qui est soulevée en lui. Il a besoin d’extérioriser ce qui le brasse. Que faire ? Eviter d’être sur le même mode de communication que lui en lui criant dessus : « Arrête de hurler ! ». Il est plus efficace de le contenir avec tendresse… Lui faire un câlin permettra à son cerveau de libérer de l’ocytocine et ainsi de retrouver le calme.

 

Trop de sollicitations inadaptées ?

  • Vous faites vos courses avec votre enfant ? Au lieu d’attendre que l’ennui et les multiples sollicitations ne déclenchent une crise, donnez-lui une tâche à sa mesure, par ex : mettre les pommes dans le sac, pousser un petit caddie… Cela va l’aider à focaliser son attention. Son cerveau va alors secréter de la dopamine, l’hormone de la motivation. Elle diminue le stress et inhibe la peur et la colère.

  • Vous êtes bloqué dans une longue file d’attente, dans les embouteillages, au restaurant… Votre enfant n’a pas besoin de se calmer mais de bouger ! Occupez-le ! Rester tranquille dans ces conditions est au-dessus des capacités neuronales d’un enfant entre 2 et 6 ans !

 

C’est de son âge !

Dans le cerveau de votre enfant, il se créé environ un million de synapses par seconde ! Il a un comportement que vous jugez inadapté ? Normal ! Il est en développement!

« Faire ce que maman vient d’interdire en la regardant dans les yeux à 15 mois, avoir peur du noir à 3 ans et mentir à 4  ans sont des comportements pas faciles à vivre, certes, mais NATURELS et NORMAUX ! »

 

Une fois les raisons de la crise identifiées, demandons-nous :

« Que faire ? »

 

Dire STOP plutôt que « non »

STOP est un mot plus efficace et plus clair ! Un « non » dit à l’enfant n’est pas toujours un « non » ressenti. Quand vous dites STOP, le message est clair, l’enfant doit s’arrêter.

« Quand vous dites NON, c’est souvent sur un ton de reproche et en fronçant les sourcils, tandis qu’en disant STOP vous ouvrez les yeux et votre ton est impératif sans être blâmant, vous interrompez un mouvement. »

 

Intervenir physiquement

Petit, l’enfant :

  • comprend les mots mais ne peut les garder en tête très longtemps

  • ne peut gérer plusieurs infos en même temps

  • comprend ce qu’on lui dit mais ne fait pas encore le lien avec ses propres actes

  • ne sait pas encore s’arrêter de lui-même (dans son cerveau les zones de l’impulsion, aller vers… et de l’inhibition, s’arrêter de… ne sont pas encore bien connectées)

  • son cerveau ne traite pas bien la négation (si vous dites : « ne mange pas de bonbon », l’enfant entend « mange » et « bonbon » et va vite en manger un pour faire ce qu’il vient d’entendre !) Isabelle Filliozat propose avec humour aux parents lecteurs de faire le test suivant : « ne pensez pas à une girafe ! » Que se passe-t-il ? Vous pensez à une girafe ! Malgré l’interdiction ! Conclusion : mieux vaut dire à l’enfant ce qu’il peut faire que le contraire.

Il est plus utile de donner à l’enfant une seule consigne à la fois et d’accompagner son corps pour qu’elle s’y inscrive.

« Avant l’âge de deux ans, l’intelligence de l’enfant est sensori-motrice, c’est-à-dire qu’elle passe par ses sensations physiques et ses mouvements. Faire le geste interdit, c’est utiliser son intelligence sensori-motrice pour assimiler la consigne verbale, comme pour se la redire avec son corps ! »

 

 

Donner des consignes plutôt qu’interdire

« Pour poser des limites, les permissions et les informations sont plus efficaces que les interdits. »

Le cerveau ne gérant pas bien la négation, une demande formulée de façon positive va aider l’enfant à focaliser son attention sur la demande plutôt que sur le comportement inapproprié. L’information permet de comprendre le sens des demandes, pourquoi je suis autorisé à faire ceci et pas cela. L’information est capitale pour que l’enfant comprenne la nécessité d’être prudent lorsqu’il s’approche d’un poêle par exemple. Une interdiction simple du type « il est interdit de toucher le poêle » ne renseigne pas sur sa dangerosité et au contraire incitera l’enfant à aller vérifier ce qui se passe si… L’information mobilise le cerveau frontal de l’enfant et incite à la prudence. L’interdiction appelle tôt ou tard la transgression.

 

Un seul mot suffit

Une fois la consigne posée, un seul mot suffira pour la rappeler à l’enfant, par ex : « le poêle ». L’enfant se souvient immédiatement que le poêle est chaud et qu’il doit être prudent.

 

Le pouvoir de la description

« Le jugement, même positif met l’enfant en tension. Et si les compliments sont excessifs ou insuffisamment précis, l’enfant peut douter. Comment les féliciter sans juger ? Une clé : décrire ! »

Pour éviter de tomber dans le jugement de valeur (qu’il soit positif « ton dessin est magnifique ! » ou négatif « c’est quoi ces crabouillages ? »), Isabelle Filliozat propose d’utiliser le compliment descriptif. Il suffit (mais ça nécessite de prendre vraiment le temps avec son enfant, en toute présence et authenticité) de décrire ce que nous voyons de qu’il a produit. Décrire les formes, les couleurs, les expressions de son visage qui évoque le plaisir… L’enfant y gagne sur au moins deux points. Il ne sera pas en attente constante d’un jugement extérieur sur son propre travail mais aura appris à se forger son avis à lui et sera renseigné sur ses capacités réelle à faire.

 

Punition

« Si les punitions éduquaient, il y a belle lurette que l’espèce humaine ne commettrait plus de crimes. L’illusion provient aussi du fait que les punitions ont une efficacité sur le court terme, non pas en terme d’éducation, mais de soulagement du punisseur, qui a le sentiment de reprendre le contrôle de la situation. »

La punition a plusieurs inconvénients :

  • Elle s’arrête au problème et non à la cause du problème. Par ex, un enfant renverse régulièrement son verre. Il est puni, au coin.La punition ne lui enseignant pas comment faire pour éviter de casser un verre, la fois prochaine, il casse à nouveau un verre et se fait à nouveau punir.

  • Elle empêche l’enfant de réparer son erreur et de vivre les conséquences naturelles de ses actes.

  • Elle peut faire émerger un sentiment d’injustice. Par exemple, lorsque la punition n’est pas en lien avec le comportement direct de l’enfant. « tu as encore cassé ton verre, tu seras puni de télé »

  • Elle peut nourrir des sentiments de vengeance. « puisque que tu m’as puni pour ça, tu vas voir ce que je vais faire après… »

  • Elle peut provoquer un sentiment de honte chez le jeune enfant, de malaise, de repli sur soi et entacher la construction de l’estime de soi.

  • En entrainant du stress chez l’enfant, elle ne lui permet pas de prendre le recul nécessaire face à la situation et d’en tirer des conséquences. Au contraire, seul le stress et le mal être que ça provoque chez l’enfant sera retenu. L’enfant obéira alors par peur du parent et non parce qu’il a compris les raisons du mécontentement de l’adulte.

  • La peur et le stress inhibent les fonctions cérébrales supérieures, ce qui impacte ensuite les capacités intellectuelles et émotionnelles de l’enfant, peut provoquer des troubles anxieux…

  • Comme la punition ne fonctionne pas, elle devient parfois de plus en plus sévère.

« Les punitions n’enseignent que la peur du gendarme et non pas responsabilité et autodiscipline. » « Punir n’est pas manifester son autorité. Nous punissons par manque d’autorité ».

 

L’effet Pygmalion

Lorsque  des étiquettes sont collées aux enfants, c’est-à-dire que nous réduisons la personnalité de l’enfant a  un trait de son caractère, comme par ex : « tu es maladroit », « mais que tu es timide ! » « rho tu es un vrai pot de colle », se met en place l’effet pygmalion, ou la réalisation automatique des prédictions.

L’enfant, puisqu’il est perçu comme tel par l’adulte qui n’en démord pas, se conforme alors à l’image que l’adulte a de lui. Il devient le timide en toutes circonstances, le maladroit…

 

Coups, gifles et fessées

« Frapper, cogner, gifler, donner des fessées, tirer les oreilles, donner des petites tapes…. Fait du bien au parent qui s’est ainsi libéré de ses tensions et a l’impression d’avoir fait quelque chose, donc de ne plus être impuissant. »

Pour autant, tout comme les punitions, c’est inutile. De plus c’est néfaste pour le développement de l’enfant.

  • L’enfant apprenant en grande partie par l’imitation, apprend qu’il peut résoudre ses problèmes par les coups. Frapper est donc une solution possible à un problème.

  • Les coups sont peut être efficace sur le moment car ils stoppent le comportement que l’adulte souhaite voir disparaître mais ils n’enseignent rien à l’enfant sur les raisons de ce mécontentement, en quoi sont comportement est inapproprié, comment faire autrement…

  • Il y a toujours le risque d’une escalade dans la violence, une petite tape, puis une fessée sur la couche, puis une fessée sans la couche, puis une claque….

  • L’enfant risque de se protéger en se disant « même pas mal » et de se forger une carapace qui le mettra en difficulté plus tard dans ses relations aux autres.

  • L’enfant se sent humilié, diminué, mal aimé, honteux… sentiments qui entravent le développement de l’estime de soi et de confiance en soi. L’enfant peut ne pas se sentir aimable (personne qu’il est bon d’aimer).

  • La violence ressentie risque d’être exprimé à un moment ou à un autre (envers des copains, envers l’enfant lui-même…)

« Dans la tête de l’enfant, amour et humiliation s’associent, ce qui ne présage rien de bon pour ses futures relations amoureuses. »

 

A l’inverse, Isabelle Filliozat précise que tout pardonner n’éduque pas !

Elle dit que s’il est normal de tout faire pour un nourrisson, dès que l’enfant gagne en autonomie il est indispensable de le laisser faire seul ce dont il est capable : reconnaître les conséquences naturelles de ses actes, les réparer, être attentif aux autres… L’enfant se responsabilise et développe ainsi  l’auto discipline. Si le comportement de l’enfant n’entraine pas de conséquences naturelles (par ex si l’enfant renverse de l’eau, il peut prendre la serpillère pour absorber l’eau tombée) alors s’applique une conséquence logique (par ex, si l’enfant a jeté un jouet, la conséquence logique est de lui retirer. Pas plus de 5 min à 2 ans et pas plus d’1h à 4 ans).

« Pour aider nos enfants à grandir, mieux vaut se concentrer sur les solutions que sur les problèmes. »

 

Isabelle Filliozat donne également tout au long du livre des pistes de compréhension de ce qui se vit chez l’enfant de cette tranche d’âge à la lumière de ce qui se passe pour lui, entre autre, dans son corps, son cerveau.

 

Il veut manger tout de suite

La baisse de la glycémie dans le sang peut provoquer agressivité et pleurs incontrôlés. Elle conseille donc, lorsque l’enfant manifeste sa faim et que le repas n’est pas prêt, d’entendre la demande de l’enfant et lui proposer un petit morceau de pomme, de concombre, quelques amandes… pour patienter, limiter la baisse de glycémie et éviter une situation inconfortable pour tous.

 

Elle me regarde avant de pleurer

L’enfant cherche dans le regard de son parent des informations quant à ce qu’il vient de vivre. Votre regard est inquiet ? Elle pleure. Il est souriant ? Elle passe à autre chose.

« Votre enfant est un mammifère. Certes, il n’y a plus de prédateur, mais elle ne le sait pas encore et le programme est inscrit dans ses circuits cérébraux. Tout mammifère attend sa maman avant d’exprimer sa détresse à grand bruit. »

Il en va de même lorsque vous récupérez votre enfant à la crèche. Il a passé une bonne journée mais dès votre arrivée, il craque, pleure, crie, tape des pieds… Ce n’est pas que vous êtes une mauvaise mère !

« Pleurs et colères sont parfois (souvent) de simples décharges de tension confiées à la source d’amour inconditionnel : maman. »

 

 

Elle hurle quand je m’éloigne

Quand elle ne vous voit plus (maman = sécurité), des hormones de stress l’envahissent. L’anxiété n’est pas que psychologique, elle est aussi physiologique. L’enfant, seul, est soumis au stress. Pleurer est sa solution pour tenter de mettre fin  à ce stress. Il a alors besoin d’ocytocine pour se calmer. Donc de vous, de vos paroles chaleureuse, de votre toucher affectueux…

 

Il hurle à la moindre frustration

Ce qui nous parait minime à nous adulte (tu n’auras pas cette glace), se joue parfois à un niveau que nous ne percevons pas. En imaginant cette glace qu’il pensait avoir, le cerveau de l’enfant a fabriqué de la dopamine, molécule du plaisir. Suite à votre refus, le taux de dopamine chute brutalement et provoque une réaction d’agression envers la personne présente. Acceptez la douleur qu’il ressent, le fait qu’il pleure et aider le à traverser ce moment difficile.

Face à l’écran de télévision, l’enfant est comme hypnotisé. La télévision de par son balayage lumineux, le son, le rythme des images… met le cerveau en ondes alpha. L’enfant se sent bien, sans rien faire et n’a pas envie que ça change. Il fabrique des opioïdes. Lorsque vous éteignez la télévision, le taux d’opioïdes chute brutalement et provoque de la douleur… d’où la crise ! Pour limiter son effet hypnotique, il est utile d’entraîner les enfants à cligner des yeux pendant qu’ils regardent la télé et à dévier leur regard de temps à autre pour regarder plus loin.

 

Aux alentours de 18 mois, l’enfant dit NON, vers 2 ans il veut faire et dit TOUT SEUL, vers 3 ans il dit JE, aux alentours de 3.5/4 ans il développe son imaginaire, c’est la période des cauchemars.

 

Les gros mots

L’enfant qui dit des gros mots commence à faire des liens entre ce qu’il entend et la situation dans laquelle ces mots ont été prononcés. Il commence ainsi à intérioriser et reproduire les comportements des autres et pas que les bons ! Il est alors utile de lui apprendre ce qu’est un gros mot. Quand et pourquoi, parfois, on le prononce.

« C’est un mot qu’on appelle gros parce qu’il est chargé de colère »

Certains gros mots comme « merde » nécessitent juste une reformulation « zut », d’autres par contre sont inacceptables car ce sont des mots qui font mal.

Votre enfant insulte ? « STOP ! Ici on dit ses sentiments, pas les mots cailloux ! »

 

Les « je veux »

Quand votre enfant dit « je veux » ça ne veut pas forcément dire qu’il exige. Il ne maitrise pas encore la conjugaison ! Il peut vouloir dire simplement : je vois, je reconnais, j’aime… Ce dont il a besoin, c’est que ce qu’il dit et parfois ce qu’il désire soit entendu et reconnu par vous.

 

Isabelle Filliozat termine son livre ainsi :

« Prenons le temps de profiter de chaque instant de chaque étape de la vie de notre enfant. Ça passe toujours trop vite. Il n’y a jamais qu’une seule vraie urgence : AIMER ! Le reste, après tout, est-ce vraiment si grave ? »

 

 

 « J’ai tout essayé ! » Isabelle Filliozat
 « J’ai tout essayé ! » Isabelle Filliozat

Publié dans Toutes en une

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"Heureux qui communique" de Jacques Salomé

Publié le par Toutes en une

 Pour Jacques Salomé communiquer signifie : « mettre en commun des signes (verbaux, non verbaux…) pour transmettre des messages impliquant une mise en relation à partir de ressemblances, de complémentarité, de différences et d’antagonismes. »

Il a écrit ce livre pour accompagner les personnes qui le souhaitent à mieux communiquer. Pour lui, tout à chacun peut apprendre à communiquer s’il suit ces quelques repères :

 

1) Créer un espace de communication

Cet espace (zone privilégiée définie comme lieu de parole) peut être matérialisé par un cercle dessiné à la craie sur le sol, par une pièce spécifique …

 

2) Utiliser le « je » et non le « tu »

Dire « je suis … » c’est parler de soi, de sa différence sans chercher à vouloir l’imposer à l’autre ou chercher à le convaincre et sans chercher son approbation. « C’est commencer à devenir autonome parce que différencié » Je parle de moi. Je ne parle pas de l’autre en disant « tu… » Il appelle cela la relation klaxon à base de « tu… tu…, tu… ». Je ne m’enferme pas dans des « on » et des « nous ». J’évite de généraliser, étiqueter, comparer…

 

3) L’écharpe relationnelle

Elle est le symbole du lien entre deux personnes qui échangent et en même temps le canal par lequel passe cet échange. Toute relation a deux extrémités (d’où le symbole de l’écharpe). Je suis responsable de ce qui se passe à mon bout d’écharpe, ce que je dis et ce que je ressens (par ex : « j’ai l’intention de partir en vacances en stop avec un ami ») ET de ce que je fais de ce que reçois l’autre (« je perçois bien ton inquiétude. Je ne la partage pas. Je t’invite à faire quelque chose pour ton inquiétude … car j’ai besoin de ton soutien pour ce projet »).

 

4) Le bâton de parole

Le « bâton » sert à visualiser la prise de parole. Ce peut être un simple bâton, une racine, un morceau de bois sculpté, décorée, enluminé… Celui qui le prend parle et ne peut être interrompu. Lorsqu’il a fini de s’exprimer il le pose. Un autre peut alors le prendre et parler à son tour. Il ne peut pas non plus être interrompu. Il ne peut pas non plus parler sur le précédent. Il parle de lui. Il dit « je ».

 

5) La confirmation

Chaque être humain a besoin d’être reconnu tel qu’il est et entendu par ses pairs. Par exemple lorsqu’un enfant dit « maman j’ai mal » et que sa mère lui répond « mais non ce n’est rien mon chéri », c’est un déni. L’enfant qui a mal ne se sent pas entendu. « Aucun ressenti intime exprimé par quiconque n’est contestable en soi. Je peux le vivre comme injustifié parfois, inadéquat ou inadapté mais il est conforme au vécu de l’autre et appartient à celui qui en est habité ». Confirmer à l’autre ce qu’il dit ou fait, n’est pas pour autant approuver ce qu’il dit ou fait.

 

6) Accompagner les émotions

Pour Jacques Salomé, l’émotion est le langage du retentissement. Une personne vit quelque chose à l’instant T qui vient toucher, réactiver, réveiller une blessure plus ancienne cachée, une situation inachevée. L’émotion vient parler cette blessure qui retentit.

Pour accompagner l’émotion, il propose de :

- Se taire, être là et accueillir l’émotion

- Se rapprocher

- Faire entendre sa respiration pour soutenir l’émotion

- Toucher, établir un contact

- Inviter à mettre des mots

- Confirmer le ressenti « oui c’est comme ça que tu as vécu cet évènement… »

 

7) Eviter l’accusation et nourrir les relations auxquelles je tiens

L’accusation, c’est la mise en cause d’autrui : « c’est de ta faute si… » ou bien de soi « j’ai jamais su… ».

- Je n’accuse personne.

- Je formule des demandes directes « j’ai besoin de … ».

- Je n’anticipe pas les réponses de l’autre.

- Je confirme les ressentis de l’autre sans me les approprier « oui c’est possible que tu me trouves injuste et égoïste quand je me respecte ou parle de moi. Je ne suis pas preneur de tes remarques, elles t’appartiennent ».

- Je ne laisse pas les non-dits, les malentendus… abimer la relation.

 

« Devenir autonome, c’est prendre le risque de s’affirmer en renonçant à l’approbation… »

 

8) Renoncer à imposer ses certitudes et croyances

- Je ne sais pas à la place de l’autre.

- Je ne peux pas changer autrui mais je peux changer mon regard et ma relation à lui.

- Toutes les demandes peuvent être entendues, pas forcément satisfaites.

« La fonction essentielle des adultes est de pouvoir répondre directement ou indirectement aux besoins des enfants et d’entendre leurs désirs ».

- La demande appartient à celui qui la formule et la réponse à celui qui la donne. Il rappelle que pour être à même de communiquer, il est important de commencer par se faire confiance à soi-même, d’être à l’écoute de ses propres ressentis, besoins et désirs, limites et zones de tolérance ou d’intolérance. Il propose à ceux qui le souhaitent de commencer par choisir un des repères ci-dessus et de s’y essayer.

 

L’écologie relationnelle

 

Dans un deuxième temps il parle d’écologie relationnelle et en définit les principes de bases :

1) La triangularisation

Pour lui, dans tout échange, il y a 3 acteurs : l’autre, moi et le lien qui nous relie (l’écharpe relationnelle).

 

2) L’alternance des positions d’influence

L’être humain a besoin d’exercer une influence sur son environnement. Les relations s’inscrivent dans un rapport de force : qui influence qui ? Comment ? Dans quel domaine ? Influencer est un passage obligé. L’important est que ce ne soit pas toujours le même qui influence mais que chacun puisse à son tour exercer son influence.

 

3) Distinguer pouvoir et autorité

Le pouvoir est une influence sous la contrainte. L’autorité est une influence qui permet à l’autre d’être lui-même. « Avoir de l’autorité, c’est rendre l’autre auteur ».

 

4) La confrontation

Se confronter c’est :

- Réaffirmer le lien « tu sais l’importance que j’accorde à notre relation… »

- Dire les faits « quand l’heure convenue pour ton retour à la maison est dépassée… » et le ressenti vis-à-vis des faits « je me sens à la fois inquiète et en colère »

- Réaffirmer la demande « je te demande dorénavant de rentrer à l’heure pour laquelle tu t’es engagée » OU inviter à négocier sur une autre base.

« La confrontation est une mise en mots de ce qui se vit et non une mise en cause ».

 

5) Demander / donner / recevoir / refuser

Si l’un de ces axes est inexistant ou surdéveloppé, la relation est affectée, malade…

Demander, c’est oser faire ses demandes.

Donner, c’est offrir sans attendre un retour.

Recevoir, c’est accueillir ce qui est bon pour soi.

Refuser, c’est oser dire non.

Les positions de père et mère correspondent aux axes demander / refuser. Les positions de maman et papa correspondent aux axes donner / recevoir.

 

6) Les autres « langages »

« Les enfants utilisent pour se dire ou ne pas se dire de multiples langages ; ce qui suppose donc chez les adultes, une écoute polyvalente pour entendre au-delà du non verbal, l’infra ou l’ultra verbal ». Une difficulté scolaire chez un enfant, par ex, est peut-être l’expression d’un mal être, d’une peur… « Le problème et le malentendu naissent le plus souvent du fait que la tentative d’expression de l’enfant n’est pas entendue dans le registre où elle tente de se dire ».

7) Priorité au sujet

Le sujet est celui qui parle. Il est prioritaire sur ce dont il parle (l’objet). Pour entendre l’enfant comme sujet, il est nécessaire de prendre conscience de ce qu’il déclenche chez l’adulte. Que cet adulte soit son parent, un enseignant, un éducateur… « Qu’est ce qui est dérangé en moi par cet enfant ? » Qu’est ce qui est touché chez lui de ses propres limites, seuil de tolérance, image de soi…

 

Jacques Salomé conclue ainsi son ouvrage :

 

« Ces outils [permettent à chacun de] s’exercer lui-même sans attendre que l’autre change ou se situe dans le sens de nos souhaits et de nos aspirations. Il sera ainsi possible, dès aujourd’hui même, à tout enfant comme à tout adulte de proposer autour de lui ces repères susceptibles d’améliorer la communication à autrui. C’est ce que je souhaite à chacun. »

"Heureux qui communique" de Jacques Salomé

Publié dans Hélix

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