"Heureux qui communique" de Jacques Salomé

Publié le par Toutes en une

 Pour Jacques Salomé communiquer signifie : « mettre en commun des signes (verbaux, non verbaux…) pour transmettre des messages impliquant une mise en relation à partir de ressemblances, de complémentarité, de différences et d’antagonismes. »

Il a écrit ce livre pour accompagner les personnes qui le souhaitent à mieux communiquer. Pour lui, tout à chacun peut apprendre à communiquer s’il suit ces quelques repères :

 

1) Créer un espace de communication

Cet espace (zone privilégiée définie comme lieu de parole) peut être matérialisé par un cercle dessiné à la craie sur le sol, par une pièce spécifique …

 

2) Utiliser le « je » et non le « tu »

Dire « je suis … » c’est parler de soi, de sa différence sans chercher à vouloir l’imposer à l’autre ou chercher à le convaincre et sans chercher son approbation. « C’est commencer à devenir autonome parce que différencié » Je parle de moi. Je ne parle pas de l’autre en disant « tu… » Il appelle cela la relation klaxon à base de « tu… tu…, tu… ». Je ne m’enferme pas dans des « on » et des « nous ». J’évite de généraliser, étiqueter, comparer…

 

3) L’écharpe relationnelle

Elle est le symbole du lien entre deux personnes qui échangent et en même temps le canal par lequel passe cet échange. Toute relation a deux extrémités (d’où le symbole de l’écharpe). Je suis responsable de ce qui se passe à mon bout d’écharpe, ce que je dis et ce que je ressens (par ex : « j’ai l’intention de partir en vacances en stop avec un ami ») ET de ce que je fais de ce que reçois l’autre (« je perçois bien ton inquiétude. Je ne la partage pas. Je t’invite à faire quelque chose pour ton inquiétude … car j’ai besoin de ton soutien pour ce projet »).

 

4) Le bâton de parole

Le « bâton » sert à visualiser la prise de parole. Ce peut être un simple bâton, une racine, un morceau de bois sculpté, décorée, enluminé… Celui qui le prend parle et ne peut être interrompu. Lorsqu’il a fini de s’exprimer il le pose. Un autre peut alors le prendre et parler à son tour. Il ne peut pas non plus être interrompu. Il ne peut pas non plus parler sur le précédent. Il parle de lui. Il dit « je ».

 

5) La confirmation

Chaque être humain a besoin d’être reconnu tel qu’il est et entendu par ses pairs. Par exemple lorsqu’un enfant dit « maman j’ai mal » et que sa mère lui répond « mais non ce n’est rien mon chéri », c’est un déni. L’enfant qui a mal ne se sent pas entendu. « Aucun ressenti intime exprimé par quiconque n’est contestable en soi. Je peux le vivre comme injustifié parfois, inadéquat ou inadapté mais il est conforme au vécu de l’autre et appartient à celui qui en est habité ». Confirmer à l’autre ce qu’il dit ou fait, n’est pas pour autant approuver ce qu’il dit ou fait.

 

6) Accompagner les émotions

Pour Jacques Salomé, l’émotion est le langage du retentissement. Une personne vit quelque chose à l’instant T qui vient toucher, réactiver, réveiller une blessure plus ancienne cachée, une situation inachevée. L’émotion vient parler cette blessure qui retentit.

Pour accompagner l’émotion, il propose de :

- Se taire, être là et accueillir l’émotion

- Se rapprocher

- Faire entendre sa respiration pour soutenir l’émotion

- Toucher, établir un contact

- Inviter à mettre des mots

- Confirmer le ressenti « oui c’est comme ça que tu as vécu cet évènement… »

 

7) Eviter l’accusation et nourrir les relations auxquelles je tiens

L’accusation, c’est la mise en cause d’autrui : « c’est de ta faute si… » ou bien de soi « j’ai jamais su… ».

- Je n’accuse personne.

- Je formule des demandes directes « j’ai besoin de … ».

- Je n’anticipe pas les réponses de l’autre.

- Je confirme les ressentis de l’autre sans me les approprier « oui c’est possible que tu me trouves injuste et égoïste quand je me respecte ou parle de moi. Je ne suis pas preneur de tes remarques, elles t’appartiennent ».

- Je ne laisse pas les non-dits, les malentendus… abimer la relation.

 

« Devenir autonome, c’est prendre le risque de s’affirmer en renonçant à l’approbation… »

 

8) Renoncer à imposer ses certitudes et croyances

- Je ne sais pas à la place de l’autre.

- Je ne peux pas changer autrui mais je peux changer mon regard et ma relation à lui.

- Toutes les demandes peuvent être entendues, pas forcément satisfaites.

« La fonction essentielle des adultes est de pouvoir répondre directement ou indirectement aux besoins des enfants et d’entendre leurs désirs ».

- La demande appartient à celui qui la formule et la réponse à celui qui la donne. Il rappelle que pour être à même de communiquer, il est important de commencer par se faire confiance à soi-même, d’être à l’écoute de ses propres ressentis, besoins et désirs, limites et zones de tolérance ou d’intolérance. Il propose à ceux qui le souhaitent de commencer par choisir un des repères ci-dessus et de s’y essayer.

 

L’écologie relationnelle

 

Dans un deuxième temps il parle d’écologie relationnelle et en définit les principes de bases :

1) La triangularisation

Pour lui, dans tout échange, il y a 3 acteurs : l’autre, moi et le lien qui nous relie (l’écharpe relationnelle).

 

2) L’alternance des positions d’influence

L’être humain a besoin d’exercer une influence sur son environnement. Les relations s’inscrivent dans un rapport de force : qui influence qui ? Comment ? Dans quel domaine ? Influencer est un passage obligé. L’important est que ce ne soit pas toujours le même qui influence mais que chacun puisse à son tour exercer son influence.

 

3) Distinguer pouvoir et autorité

Le pouvoir est une influence sous la contrainte. L’autorité est une influence qui permet à l’autre d’être lui-même. « Avoir de l’autorité, c’est rendre l’autre auteur ».

 

4) La confrontation

Se confronter c’est :

- Réaffirmer le lien « tu sais l’importance que j’accorde à notre relation… »

- Dire les faits « quand l’heure convenue pour ton retour à la maison est dépassée… » et le ressenti vis-à-vis des faits « je me sens à la fois inquiète et en colère »

- Réaffirmer la demande « je te demande dorénavant de rentrer à l’heure pour laquelle tu t’es engagée » OU inviter à négocier sur une autre base.

« La confrontation est une mise en mots de ce qui se vit et non une mise en cause ».

 

5) Demander / donner / recevoir / refuser

Si l’un de ces axes est inexistant ou surdéveloppé, la relation est affectée, malade…

Demander, c’est oser faire ses demandes.

Donner, c’est offrir sans attendre un retour.

Recevoir, c’est accueillir ce qui est bon pour soi.

Refuser, c’est oser dire non.

Les positions de père et mère correspondent aux axes demander / refuser. Les positions de maman et papa correspondent aux axes donner / recevoir.

 

6) Les autres « langages »

« Les enfants utilisent pour se dire ou ne pas se dire de multiples langages ; ce qui suppose donc chez les adultes, une écoute polyvalente pour entendre au-delà du non verbal, l’infra ou l’ultra verbal ». Une difficulté scolaire chez un enfant, par ex, est peut-être l’expression d’un mal être, d’une peur… « Le problème et le malentendu naissent le plus souvent du fait que la tentative d’expression de l’enfant n’est pas entendue dans le registre où elle tente de se dire ».

7) Priorité au sujet

Le sujet est celui qui parle. Il est prioritaire sur ce dont il parle (l’objet). Pour entendre l’enfant comme sujet, il est nécessaire de prendre conscience de ce qu’il déclenche chez l’adulte. Que cet adulte soit son parent, un enseignant, un éducateur… « Qu’est ce qui est dérangé en moi par cet enfant ? » Qu’est ce qui est touché chez lui de ses propres limites, seuil de tolérance, image de soi…

 

Jacques Salomé conclue ainsi son ouvrage :

 

« Ces outils [permettent à chacun de] s’exercer lui-même sans attendre que l’autre change ou se situe dans le sens de nos souhaits et de nos aspirations. Il sera ainsi possible, dès aujourd’hui même, à tout enfant comme à tout adulte de proposer autour de lui ces repères susceptibles d’améliorer la communication à autrui. C’est ce que je souhaite à chacun. »

"Heureux qui communique" de Jacques Salomé

Publié dans Hélix

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Damien 07/10/2014 16:23

Bonjour,
Merci pour cet article fort riche. Nul ne sert de faire d'éloge sur Jacques Salomé, après un peu de lecture on se rend compte de potentiel énorme de transformation qu'il nous communique.
Une belle façon de partager nos découvertes à nos proches est de l'inviter dans notre salon, oui oui il y a une bonne façon de le faire, à travers ses films
- Oser communiquer en conscience
- Être femme aujourd'hui
- Accéder à sa liberté d'être

On peut voir les bandes annonces sur le site de l'éditeur
http://www.editions-en-conscience.com
ainsi que le sommaire complet de chaque film.

Merci Mr Salomé !